En roue libre vers une mobilité durable

La mobilité urbaine est plus que jamais au cœur des politiques. Face aux défis majeurs, elle se veut durable, intelligente et connectée. Tandis que les grands groupes lorgnent tour à tour sur ce créneau porteur y voyant là une nécessité pour penser le monde de demain, les habitudes de déplacement évoluent lentement mais sûrement.

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Lâcher la voiture ? Pas si tôt !

Pollution atmosphérique, augmentation du prix de l’essence, congestion du trafic… Malgré ces points noirs, nombreux sont ceux à privilégier leur voiture personnelle pour se rendre au travail. Quitte à passer plusieurs heures par jour dans les bouchons plutôt que de prendre les transports en commun.

La voiture représente un confort

Tourcoing, boulevard de Gambetta, 8h15. En ce jeudi de fin septembre, les véhicules affluent au pied de la Tour Mercure. Cette cathédrale de verre de 9 200 m², fief des affaires, accueille pas moins de 400 salariés. Ce matin-là, une Audi A5 traverse le parking en trombe. Pressée, la personne refusera de prendre part à l’exercice. Plus loin, un véhicule immatriculé en Belgique se gare. La conductrice descend de la voiture. Sur la question de l’éco-mobilité, elle déclare : « la voiture représente un confort aujourd’hui. Vous savez, je viens de Tournai et le réseau ferroviaire belge n’est pas mieux qu’en France, si ce n’est pire car il y a beaucoup de suppressions de trains. Je ne peux pas me le permettre avec mon travail« . Quid de la pollution ? « J’y suis tout de même sensible. Je réfléchis justement à l’achat d’un véhicule hybride ou électrique mais j’attends de vraies avancées en matière d’autonomie car je fais tout de même 45 000 kilomètres par an« , admet celle qui exerce simultanément des mandats dans plusieurs sociétés en informatique et consulting au sein de l’édifice.

12 millions de tonnes de CO2

Grande favorite des usagers, preuve en est, la voiture compte pourtant parmi les facteurs contribuant le plus à la pollution et au réchauffement climatique en raison des émissions de particules fines, d’oxydes d’azote (NO2) et de CO2. Les chiffres le prouvent : sur une distance de deux kilomètres pour un trajet quotidien domicile-travail, la voiture émet 221 kg de CO2 par an, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Au total, 12 millions de tonnes de CO2 sont émis chaque année par les déplacements professionnels et par le trajet domicile-travail. Un bilan assez préoccupant quand on sait que la pollution atmosphérique provoque de nombreuses allergies et cause des maladies respiratoires, l’automobiliste restant le plus exposé lorsqu’il effectue ses déplacements. Elle serait d’ailleurs responsable de 6 000 à 9 000 décès par an en France selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

24 heures coincé dans les bouchons

Autre argument pointé du doigt : la congestion routière. En effet, les transports en voiture font également perdre beaucoup de temps. Et pour cause : le trafic du réseau routier en métropole Lilloise est saturé chaque matin et soir aux heures de pointe. Selon les dernières données publiées par Inrix – société d’info-trafic – un automobiliste lillois a passé 24 heures coincé dans les embouteillages durant les heures d’affluence en 2016, soit 7% de son temps. Patricia qui travaille à la Tour Mercure, confirme : « Je passe près de 45 minutes dans les bouchons tous les matins en venant de la Chapelle d’Armentières, je n’imagine même pas ceux qui partent de plus loin. » Pour cette quarantenaire, le déplacement quotidien en voiture représente une source conséquente de stress et génère beaucoup de fatigue. Une étude récente publiée par l’assureur britannique VitalyHealth, en partenariat avec l’Université de Cambridge et relayée par Cadremploi, révèle qu’il ne faudrait pas dépasser les trente minutes de trajet, au-delà de ce temps, les répercussions sur le niveau de stress et la fatigue des salariés seraient décuplées. Sans oublier les risques routiers. En effet, la voiture est un facteur d’accidents important. C’est même la première cause de mortalité au travail.

La bonne paye

Risque d’accidents, perte de temps… Les trajets domicile-travail occasionnent également un trou dans le budget des familles. « Ça revient cher en essence quand on n’a pas la chance d’avoir un véhicule de fonction« , regrette Patricia. Et de l’État. D’après l’étude publiée par Inrix, le montant annuel du coût des embouteillages en France se chiffrera à 22 milliards en 2030 contre 17 en 2013, soit une hausse de 31%. Le coût total cumulé atteindra 350 milliards d’euros. Une facture salée qui s’explique par l’augmentation du parc automobile, l’évolution des coûts et l’accroissement de la population.

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Le saviez-vous ?

  • 1 accident mortel au travail sur 2 est un accident de la route
  • 77 jours, c’est la durée moyenne d’un arrêt de travail pour un accident lié à un déplacement
  • 400 000 euros, c’est la somme que coûte un accident mortel à une entreprise

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La vignette Crit’Air, vraie ou fausse bonne idée ?

C’est un secret pour personne : les villes sont étouffées par les pics de pollution, surtout dans les grandes agglomérations. Pour répondre à cette problématique et limiter la circulation en zone urbaine, le gouvernement a mis en place un dispositif anti-pollution : la vignette Crit’Air. Celle-ci compte six pastilles de couleur, chacune correspondant à un niveau de pollution déterminé en fonction de l’âge et de la motorisation du véhicule, c’est-à-dire des émissions polluantes, la pastille “O” étant spécifique aux véhicules électriques. Depuis le 1er juillet, cette vignette écologique est obligatoire à Lille. Ne pas en disposer en Zone de circulation restreinte (ZCR) pourrait coûter une contravention de 68 euros ! Si l’idée de cette nouvelle réglementation n’est pas mauvaise, pas sûr que tous les automobilistes se sentent pleinement concernés : il suffit de jeter un œil sur le pare-brise des véhicules… un sur quatre en dispose !

Quelques chiffres

  • 3 actifs sur 5 travaillent hors de leur commune de résidence
  • 25 kilomètres est la distance moyenne du trajet domicile-travail
  • 2 000 euros est le coût annuel pour se rendre au travail

Au travail, et si on y allait autrement ?

Face aux enjeux environnementaux, de santé publique ou de qualité de vie, les institutions et territoires multiplient les initiatives pour sensibiliser les salariés de la région aux bienfaits des transports alternatifs à la voiture individuelle et ainsi les inciter à changer de comportement.

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Tous en selle avec la MEL !

Pour désengorger le réseau routier, la Métropole Européenne de Lille (MEL) a lancé, en avril dernier, un dispositif d’aide à l’achat d’un vélo de qualité et à destination des habitants de la métropole lilloise. Grâce à une enveloppe initiale de 100 000 euros, ce dispositif innovant engageait, en contrepartie, les citoyens via une convention signée, à acheter un vélo neuf et à l’utiliser pour tous déplacements quotidiens. Le montant de cette subvention était fixé à 25% du prix d’achat, soit jusqu’à 150 euros pour un vélo traditionnel et jusqu’à 300 euros pour un vélo à assistance électrique. S’inscrivant dans le cadre du plan vélo voté par la MEL en décembre 2016 et dont le montant de l’investissement s’élève à 30 millions d’euros, cette aide à l’achat a rencontré un tel succès auprès des métropolitains si bien que l’institution a décidé de prolonger l’opération jusqu’au 30 septembre dernier. Par ailleurs, le plan prévoit également la création de 100 kilomètres d’aménagement cyclables d’ici 2020 pour booster la pratique du vélo et décongestionner davantage le territoire. (Retrouvez à la page suivante notre interview exclusive avec le Président de la MEL, Damien Castelain)

Le challenge de la mobilité, se rendre au travail… autrement !

Autre initiative pour encourager les citoyens et plus particulièrement les entreprises, administrations et associations de la région aux modes de transports alternatifs : le challenge de la mobilité. Co-organisée par la Direction régionale de l’ADEME Hauts-de-France, la région, la CCI Grand Lille et la CCI de Région, la MEL et le Réseau Alliances, cette troisième édition s’est déroulée durant la Semaine Européenne de la Mobilité, du 18 au 23 septembre dernier. Le principe ? Inviter tous les établissements publics, privés ou associatifs de la région à privilégier les transports alternatifs au moins deux jours sur la semaine en question. Triple objectifs : promouvoir et faciliter l’usage des modes doux sur les trajets domicile-travail (marche, vélo, transports en commun, covoiturage mais aussi télétravail), faire évoluer les comportements en matière de mobilité et enfin valoriser ces bonnes pratiques sur la durée. Les entreprises participantes peuvent, si elles le souhaitent, organiser des temps forts en interne pour animer le challenge auprès des salariés. Une cérémonie des prix (25 au total plus le prix coup de cœur du jury) se tiendra pendant le World Forum le 19 octobre prochain afin de récompenser les organismes lauréats du challenge.

Déclic Mobilités, une communauté pour agir

Animée depuis 2013 par le Réseau Alliances et soutenue par la Région, la communauté Déclic Mobilités s’adresse aux entreprises privées et publiques des Hauts-de-France.  L’objectif : accompagner le changement des pratiques vers une politique plus durable en facilitant notamment les démarches de management de la mobilité à travers des ateliers d’échanges et de partages des bonnes pratiques (réservés aux adhérents du Réseau Alliances). Des matinales thématiques, ouvertes à tous, sont organisées plusieurs fois par an, pour mieux comprendre les enjeux liés au management de la mobilité. Un guide pratique est également à disposition sur la plateforme web permettant aux entreprises de diagnostiquer leur situation, évaluer leurs besoins et découvrir un certain nombre de préconisations. Le projet Déclic Mobilités inclut également la méthodologie d’un Plan de déplacement entreprise (PDE).

Keolis, un service de conseil en mobilité

Filiale de la SNCF, Keolis Lille accompagne depuis 2011 les entreprises dans leurs problématiques de déplacement et d’accessibilité à travers son service de conseil en mobilité. Présent sur les salons et forums dédiés au sujet, cet acteur organise chaque année plusieurs opérations de sensibilisation à l’usage des transports en commun. La dernière en date ? Le bus des Experts Transpole. Entre mars et avril dernier, celui-ci est parti à la rencontre des entreprises et des salariés de la Haute-Borne, Euratechnologies, la Centrale d’achat Auchan et Leroy Merlin. Les équipes de Keolis Lille ont présenté aux salariés les solutions de mobilité existantes pour se rendre sur leur lieu de travail autrement qu’en voiture. Avec toujours le même objectif : montrer que les transports en commun représentent une alternative non négligeable à la voiture et contribuent au bien-être de tout-à-chacun grâce à la liberté d’actions qu’ils permettent : lecture, musique, jeux vidéo… Des activités détente qui, inévitablement, ne peuvent être pratiquées au volant. Parallèlement, le service conseil en mobilité propose des solutions de mobilité sur mesure en adaptant l’offre de transport par la modification des itinéraires de ligne des bus ou encore l’implantation d’un arrêt à proximité d’une entreprise dont le besoin est clairement identifiable.

iDVROOM développe le covoiturage courte distance en région

Trois quarts des déplacements domicile-travail sont effectués en voiture, avec un taux d’occupation très faible (estimé à 1,2 selon l’ADEME). Pour améliorer le trafic, iDVROOM – plateforme de covoiturage, filiale de la SNCF – a développé, en novembre 2016, l’application “POP & VROOM” : un concept de ligne de covoiturage courte distance mettant en relation des conducteurs et des passagers dont le trajet journalier est similaire. Après une première expérimentation réussie entre Bourgoin-Jallieu et Lyon, iDVROOM a lancé en mai dernier une nouvelle ligne entre Dunkerque et Lille, un tronçon très fréquenté aux heures de pointe. Ce sont plus de 82 000 personnes qui effectuent ce trajet au quotidien. Outre les économies réalisées, les bienfaits de cette nouvelle solution de mobilité sont notables : convivialité, échanges, bien-être et surtout moins de stress. Suite à ces deux expérimentations concluantes, iDVROOM a lancé, le 20 septembre dernier, 15 nouvelles lignes de covoiturage en France, dont les tronçons Arras-Lille et Maubeuge-Lille.

WayzUp ou le covoiturage gratuit avec Pass Pass

Si IDVROOM se présente comme leader sur le marché du covoiturage courte distance, la start-up WayzUp tente de tirer son épingle du jeu. Utilisable depuis 2015, cette application mobile suit le même créneau : permettre aux salariés de trouver leurs covoitureurs en prenant compte des contraintes spécifiques liées aux horaires et sans changer leurs habitudes de trajet domicile-travail. Bonne nouvelle pour les lillois : depuis le 5 septembre, la jeune pousse propose le covoiturage gratuit aux détenteurs de la carte de transport en commun Pass Pass. Et pour cause : WayzUp vient d’intégrer le réseau transport de la MEL grâce à une levée de fonds de 1,4 million d’euros avec le groupe RATP et Via ID (filiale mobilité du groupe Mulliez). Une nouvelle ère du covoiturage semble se dessiner.

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Lyon, la bonne élève ?

Celle que l’on surnomme la ville lumière semble avoir pris un temps d’avance sur les autres métropoles… Depuis plusieurs années déjà, Lyon a mis en place une stratégie Smart City consistant à intégrer de nouveaux modèles de développement et solutions innovantes pour répondre à des enjeux d’ordre économique, environnemental et sociétal. Parmi les chantiers, celui de la mobilité intelligente. Une application mobile baptisée Optimod’Lyon a d’ailleurs abouti. Destinée aux voyageurs, elle recense tous les services de transport de l’agglomération lyonnaise, informe du trafic en temps réel avec prédiction à une heure et propose toutes les solutions de déplacement possibles quel que soit le mode de transport choisi. À ce jour, plus de 15 000 usagers l’utilisent régulièrement. Un modèle qui porte d’ailleurs ses fruits puisque Lyon a gagné significativement en fluidité. Une référence pour les autres villes françaises ! La question est : pourquoi cette bonne initiative n’est-elle pas encore déclinée à l’échelle nationale ?

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Damien Castelain

Damien Castelain : « Notre métropole doit devenir un territoire vivable et durable pour tous ! »

Dans le contexte environnemental et économique actuel, la Métropole Européenne de Lille encourage le développement des modes de déplacement doux. Véritable acteur engagé, cette institution prône, plus qu’une politique, une culture de la mobilité durable. Son Président, Damien Castelain apporte son éclairage sur la question.

Visite Pro : Quelle est votre vision de l’éco-mobilité ?

Damien Castelain : L’éco-mobilité doit répondre à un défi majeur : comment réussir à assurer la circulation des biens et des personnes, tout en réduisant les nuisances liées au trafic automobile ? Par nuisance, j’entends pollution de l’air, émissions de gaz à effet de serre, consommation de carburant, embouteillages, bruit et coût. Développer l’éco-mobilité est donc fondamental pour améliorer notre environnement, nos conditions de vie et notre santé. Et les alternatives à la voiture existent, notamment pour les déplacements quotidiens sur de courts trajets. En les combinant, nous pouvons, diminuer notre dépendance à la voiture particulière, pour plus de fluidité et moins de nuisances. L’éco-mobilité s’inscrit ainsi dans une optique de changement de comportement à long terme.

VP : Quel impact y a-t-il à utiliser quotidiennement la voiture pour se rendre au travail ?

DC : Des études montrent qu’aux heures de pointe, on ne compte que 1,1 occupant par voiture… Outre son impact non négligeable sur la pollution atmosphérique, l’usage de la « voiture en solo » participe grandement à la congestion routière dont souffre quotidiennement la métropole. En tant qu’autorité organisatrice des mobilités sur le territoire, la MEL doit impulser une politique publique franche et innovante en faveur de l’éco-mobilité et accompagner les usagers en faveur du changement. Mais une politique de mobilité ne peut être efficace que si elle est partagée et co-construite avec nos usagers. Dans cette optique, la MEL mène de nombreuses actions de sensibilisation, d’information, de concertation et de soutien. Soutien, par exemple, à travers l’aide à l’achat d’un vélo pour les métropolitains qui s’engagent, via une charte citoyenne, à l’utiliser dans leurs trajets quotidiens. Cette charte a d’ailleurs fait l’objet d’une concertation via notre plateforme de participation citoyenne.

VP : Vous menez une politique visant à promouvoir les modes de transports alternatifs sur les trajets domicile-travail auprès des entreprises, administrations et associations. Quelles sont ces actions ? Pour quels objectifs concrets ?

DC : Effectivement, promouvoir la mobilité alternative sur les trajets domicile-travail est une priorité pour la MEL pour deux raisons. Elle permet d’abord de réduire le trafic sur nos axes autoroutiers, quotidiennement embouteillés aux heures de pointe. Mais aussi et surtout, développer les transports alternatifs constitue un enjeu majeur pour lutter contre la pollution de l’air, véritable défi de santé publique que la MEL prend très au sérieux. C’est pourquoi notre institution est pleinement mobilisée pour accompagner les décisions de la préfecture en cas de pic de pollution en activant un « ticket pollution », comme mesure alternative, sur l’ensemble de la métropole. Cela signifie que pour le prix d’un ticket unitaire de 1,60  / jour, les citoyens peuvent voyager toute la journée sur l’ensemble des transports en commun du réseau Transpole (métro, bus, tramway…). Nous agissons également de façon plus structurelle, avec des actions concrètes de fond et sur le long terme, car plus nous agissons dans le quotidien, plus nous nous éloignons des pics de pollution. Ainsi, la MEL s’engage dans toutes ses politiques publiques à lutter contre la pollution de l’air. Cela passe par l’amélioration du réseau de transport public urbain, l’implantation de bornes de recharge électrique, le développement du réseau cyclable métropolitain, l’extension et la construction des parcs-relais pour encourager l’intermodalité ou encore la construction d’aires de covoiturage. Nous avons également lancé une étude de préfiguration d’une zone à circulation restreinte dont les résultats seront connus en 2018. Cette étude, conduite sur l’ensemble des 90 communes de la métropole, vise à définir l’intérêt d’une zone qui serait pérenne, ses actions quotidiennes, son périmètre, ses avantages, ses impacts et son fonctionnement. Côté entreprises, la MEL intervient pour promouvoir le télétravail et les plans de déplacements d’entreprise. Enfin, dans le cadre de la révision actuelle de son Plan Local d’Urbanisme, la MEL prend en compte l’aménagement urbain durable, avec le développement d’espaces verts et des mobilités douces.

VP : Quels sont les bienfaits de ces mesures auprès des salariés ?

DC : Toutes ces mesures doivent aboutir à une réduction du trafic automobile aux heures de pointe sur la métropole et agir en faveur de la qualité de l’air et de la santé publique. L’accessibilité de notre métropole va également de pair avec l’attractivité de notre territoire. Nous devons gagner en fluidité sur les questions de circulation pour attirer les entreprises et donc favoriser la création d’emplois.

VP : Mais ces modes de déplacement doux vont-ils de pair dans une société de plus en plus victime de l’urbanisation galopante ?

DC : Partout dans le monde, les grandes métropoles, comme la nôtre, ont un enjeu de taille à relever : développer une métropole vivable et durable dans un contexte de densité urbaine croissante et sur un territoire soumis à une forte pression foncière. En effet, comme toute métropole dynamique de cette taille et avec une telle attractivité, son activité génère une mobilité intense avec 4,5 millions de déplacements par jour, tous modes confondus. Mais en contrepartie, le territoire doit faire face à des situations quotidiennes et récurrentes de congestion, en particulier aux heures de pointe et sur ses axes autoroutiers d’entrée d’agglomération. Pour désengorger le réseau routier, le développement des modes doux est essentiel. D’autant que, selon la dernière enquête sur les déplacements des ménages, les trajets inférieurs à 5 kilomètres représentent près de trois quarts des déplacements réalisés par les métropolitains…  En outre, la marche et le vélo sont des modes de déplacement peu onéreux, rapides, bénéfiques pour la santé et l’environnement. Ils constituent des outils précieux au service de la transition écologique.

VP : Si les modes de vie évoluent, nombreux sont ceux à continuer de prendre chaque matin la voiture. Comment réussir à faire évoluer davantage les comportements et les mentalités en matière de mobilité ?

DC : Pour faire évoluer les comportements et les mentalités, les individus doivent percevoir le bénéfice du changement. Prenons l’exemple du vélo. Pour les trajets inférieurs à 5 kilomètres, ce mode de transport est le plus performant et le plus rapide, sans parler de ses bienfaits écologiques ainsi que sur la santé. À travers le Plan Vélo que j’ai lancé, la MEL investit 30 millions d’euros afin de développer l’usage du vélo d’ici à 2020. En sus de notre aide à l’achat d’un vélo, nous aménageons plus de 100 kilomètres de pistes cyclables afin d’aboutir à un réseau cyclable continu et sécurisé. Par exemple, l’aménagement de la rue Javary-pont de Fives et de la rue Pierre Legrand a été identifié comme prioritaire et va faire l’objet très prochainement d’aménagement cyclables car il permettra une liaison complète entre Lille-Villeneuve d’Ascq-Chéreng-Baisieux. Il est certes encore trop tôt pour dresser un bilan du Plan Vélo mais la tendance est très encourageante, notamment dans les usages pour les trajets domicile-travail. On tend clairement vers la révolution du vélo ! J’ajoute que la croyance qui consisterait à dire qu’il pleut trop pour inciter au vélo ne tient pas puisque les études montrent que chez nos voisins flamands, le vélo est nettement plus ancré dans les mentalités. On compte un vélo par habitant en moyenne en Flandre contre un vélo pour deux habitants sur le territoire métropolitain et la part modale du vélo est de 16,5% en Flandre contre 1,5% en moyenne à la MEL ! Autre exemple pour faire évoluer les comportements avec le projet très innovant de l’éco-bonus mobilité. Présenté dans le cadre du Pacte État-Métropoles, ce projet également dénommé « péage positif » vise à réduire le trafic durant les heures de pointe en rétribuant des automobilistes volontaires changeant leurs habitudes (départ différé, utilisation d’un nouveau mode de transport…). Ce dispositif, déjà expérimenté à Rotterdam, aux Pays-Bas, devrait être opérationnel en 2018 et sera proposé durant une période de 18 à 36 mois.

VP : Outre les modes de déplacement doux, existe-t-il d’autres solutions pour désengorger les territoires ?

DC : Oui, tout à fait. Les modes de vie d’aujourd’hui sont en constante évolution. L’ère de la multi et de l’intermodalité est en marche et la MEL prend sa part sur cette question avec des investissements conséquents pour améliorer le système billettique, les parcs-relais et le réseau de pôles d’échanges métropolitains. Après Armentières en 2008, Don-Sainghin en 2011, La Bassée en 2013 et Seclin fin 2015, les pôles d’échanges de Pont de Bois et d’Eurotéléport seront réalisés d’ici 2018. En complément à toutes ces actions, les nouvelles mobilités sont autant de solutions qui s’offrent à nos habitants. Le covoiturage qui a vu la réalisation de deux premières aires dédiées à Neuville-en-Ferrain et Deûlémont en 2015 et 2016, va s’étendre à Fournes-en-Weppes, Toufflers et La Chapelle d’Armentières dans les prochains jours. Nous accompagnons également le développement de stations d’autopartage, de plans de déplacement d’entreprise, d’administrations, de groupes scolaires… Enfin, la MEL a adopté une stratégie concernant la mobilité électrique, avec pour ambition d’équiper tous ses parcs de stationnement et parcs-relais de bornes de recharge électriques mais également dans toutes les communes de la métropole avec des premières implantations cette année.

VP : L’éco-mobilité, demain c’est quoi pour vous ?

DC : Nous devons nous projeter vers des objectifs ambitieux et vers plus de fluidité, tout en intégrant le contexte financier contraint qui est le nôtre aujourd’hui. La MEL a cependant un rôle crucial sur l’organisation des mobilités en tant qu’autorité organisatrice, en particulier sur son territoire. Notre vision doit être systémique et ne négliger aucun mode ni usage. L’éco-mobilité ne consiste pas seulement à lutter contre l’embolisation de nos réseaux routiers mais aussi à créer un véritable système d’accessibilité et de mobilité à la fois efficace, souple et intelligent pour faire de notre métropole un territoire vivable et durable pour tous. L’action de la MEL est constante et importante mais une politique de mobilité ne peut être efficace que si elle est partagée et co-construite avec nos usagers.

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Mobilité douce : l’essayer, c’est l’adopter !

En région, les entreprises sont nombreuses à remettre en question les modes de déplacements de leurs collaborateurs. Covoiturage, vélo, véhicules électriques, télétravail… Toutes ont choisi d’adopter une démarche de mobilité durable. Comment ont-elles réussi à mettre en œuvre une telle politique ? Quels bénéfices en tirent-elles ? Nous sommes partis à leur rencontre.

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Un contrat vélo-collaborateurs

Les équipes de La Redoute ne sont pas les seules à avoir participé au challenge de la mobilité cette année. Élu prix coup de cœur 2016, Damart a remis son titre en jeu. La roubaisienne raflera-t-elle encore la mise ? Les paris sont désormais ouverts ! Et comme La Redoute, Damart met en avant le covoiturage. “On avait une problématique de parking suite au regroupement des services centraux sur le boulevard de Fourmies, le site historique. On a alors créé une communauté avec notre société voisine Okaïdi pour lancer le covoiturage inter-entreprises via une plateforme”, explique Joséphine Biernacki, responsable RSE du groupe. Le covoiturage mais aussi le vélo ! “Dans le cadre du challenge de la mobilité, on a également lancé le contrat vélo-collaborateurs. Il s’agit d’une participation de l’entreprise à l’achat d’un vélo électrique ou non où le salarié s’engage à venir deux fois par semaine à vélo, d’octobre à mai”, détaille-t-elle. L’entreprise, qui met déjà à disposition 9 vélos électriques, a acté cinq contrats en seulement une semaine. “Les choses se mettent en place petit à petit. Les salariés sont engagés, la prise de conscience est collective”, se félicite Joséphine. Ces derniers mois, le groupe Damart a également revu son organisation de travail. Désormais, le télétravail fait partie de la politique de la maison, à raison de quatre jours par mois. “Ça apporte plus de souplesse et de flexibilité et on constate que les salariés sont moins fatigués.” Aujourd’hui, le groupe souhaite faire profiter du contrat vélo-collaborateurs et du télétravail aux employés des autres sites que celui du boulevard de Fourmies.

« On n’est pas des donneurs de leçons ! »

À Roubaix, au siège de La Redoute, les quelque 1 000 salariés viennent principalement en voiture. Sans surprise. Mais à y jeter un œil de plus près, les automobilistes ne sont pas seuls à bord. Sur le parking, ils sont plusieurs à descendre d’un même véhicule ! « On covoiture plusieurs fois par semaine, c’est plus convivial et ça fait des économies« , répond l’un des salariés interrogés. Ce mode de mobilité à la fois respectueux de l’environnement et économe implique toutefois une organisation efficace indispensable au bon fonctionnement de la démarche. « Dans le cadre de notre plan de déplacement entreprise, nous avons élaboré en 2016 une cartographie pour voir où habitent l’ensemble de nos collaborateurs. Nous avons également rencontré les différents acteurs de la mobilité pour déterminer ce qui était ou non faisable« , détaille Camille Caron, coordinatrice responsabilité sociétale et environnementale chez La Redoute. « Pour nous, c’était une évidence. Ça fait partie de notre culture d’entreprise. La jeune génération y est particulièrement sensible ! Au-delà des aspects environnementaux, notre démarche d’éco-mobilité, par la dimension sécurité (moins d’incidents) et sociale (moins de stress) qu’elle engendre, participe au bien-vivre de nos collaborateurs« , souligne Pascal Lafon, Directeur des ressources humaines. La preuve : aujourd’hui, ils sont précisément 15% à covoiturer régulièrement via la plateforme WayzUp et 24% à privilégier occasionnellement la mobilité douce (transports en commun, covoiturage, modes actifs). Un engagement “logique” selon Camille. La recette de ce franc succès ? De la patience, de la confiance et de l’effort. « Il faut sensibiliser les salariés mais surtout les rassurer en les invitant à tester. On n’est pas des donneurs de leçons. On sait très bien que c’est une transformation culturelle qui ne se fait pas du jour au lendemain mais dans la durée. » Et de l’effort, les salariés de La Redoute n’en manquent pas. Pour la troisième année consécutive, ils ont participé à la semaine de la mobilité.  « Naturellement« , sourit Camille.

Une réflexion collective avant tout

Réfléchir et repenser ses déplacements professionnels, c’est mener une réflexion globale qui intègre tous les impacts possibles liés à la mobilité. À Dunkerque, la Halle aux Sucres (HAS) regroupe plusieurs structures au sein d’un même bâtiment : l’AGUR, la CUD, le Learning Center, l’INSET et le CMUA. Ici, la réflexion autour de cette problématique n’est plus seulement individuelle mais devient collective. Un Plan de déplacement inter-entreprises (PDIE) a donc été lancé afin de favoriser l’utilisation des modes alternatifs à la voiture. Une enquête en interne, réalisée pour diagnostiquer les pratiques actuelles, a révélé que 47% des salariés travaillent à moins de cinq kilomètres de leur domicile. Malgré cette proximité, deux sur quatre se rendent sur leur lieu de travail en voiture pour des raisons de rapidité et de praticité. Pour autant, 67% des automobilistes de la HAS se disent prêts à changer leurs habitudes pour un moyen de locomotion plus doux pour l’environnement, le vélo arrivant en tête devant le bus et le covoiturage. « Grâce à cette enquête, nous pouvons enfin réfléchir aux actions à mener », explique Guillaume Dubrulle, chargé d’études mobilité à l’AGUR. Un premier événement placé sous le signe de la bonne humeur et de la convivialité a été organisé en juin dernier pour promouvoir l’utilisation du vélo. « Une réussite« , se souvient Guillaume, qui espère que les pratiques se généralisent davantage.

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