Ces femmes qui brisent le plafond de verre

Le 8 mars célèbre la journée internationale des femmes. une manifestation qui rassemble autant qu’elle divise. En entreprise, la question du genre est, elle aussi, au cœur des débats. Elle confère à certains métiers une dominante masculine et à d’autres une dimension plus féminine. Si les stéréotypes ont encore la peau dure, la mixité progresse. Mieux encore : certaines femmes réussissent à s’imposer dans les plus hautes sphères de l’entreprise. Qui sont ces oiseaux rares et quel est leur secret ? Le management a-t-il un sexe ? Quels sont les freins et moteurs de l’entrepreneuriat féminin ? Qui de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes ?

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LES FEMMES, DES PATRONNES COMME LES AUTRES ?

Les femmes représentent 48% de la population active.

Seuls 14% d’entre elles occupent des postes de direction. Nous en avons rencontré quelques unes. Quelles sont leurs principales motivations ? Quels obstacles ont-elles surmontés ? Et comment managent-elles ?

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Sébastien Hamelin

LA PASSION DU MÉTIER

Lorsqu’elle décide de monter sa boîte à 27 ans, Carole n’a qu’une ambition : faire le métier qu’elle aime. La notion de business à l’époque ? Très peu pour elle. « Je n’ai jamais eu cette culture de chef d’entreprise. Je n’ai rien à prouver à qui que ce soit. On considère souvent le dirigeant comme quelqu’un d’ambitieux et visionnaire. Moi, j’ai préféré faire petit et bien que gros et sans limite. C’est-à-dire en favorisant l’échange et la proximité entre les équipes. » Aujourd’hui âgée de 54 ans et mère de deux enfants, Carole partage toujours ces mêmes valeurs. Son agence conseil en communication événementielle, la 4ème Dimension – devenue la 4D – vient de fêter ses 25 ans, un bel âge pour une entreprise à taille humaine.

On considère souvent le dirigeant comme quelqu’un d’ambitieux et visionnaire. moi je n’ai rien à prouver à qui que ce soit

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Sébastien Hamelin

LA LIBERTÉ DU CHEF D’ENTREPRISE

À l’inverse, Séverine, 45 ans, a toujours connu cet esprit chef d’entreprise. « Mon père exerçait une profession libérale, ça m’a donné envie de connaître, moi aussi, cette liberté. » Pour elle, diriger une entreprise, c’était un peu son rêve de gosse. Après une première vie professionnelle à se former chez Exco à Douai puis chez Grant Thornton à Saint-Omer, elle rejoint le groupe KPMG à Lille où elle y reste en poste pendant sept ans. Sa détermination à vouloir diriger la propulse en 2009 à prendre la tête d’un cabinet d’expertise comptable de 50 collaborateurs – STC Audit et Conseil – puis en 2015, sa présidence.

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Sébastien Hamelin

LE GOÛT DU CHALLENGE

Anne-Sophie, elle, a toujours été animée par le challenge. Alors qu’elle commence comme stagiaire chez Integra – cabinet indépendant en conseil et management –, elle évolue rapidement en renforçant l’équipe de consultants et en élargissant son champ d’actions.  En 2012, elle décide de s’associer en rachetant les parts du fondateur en raison de son départ à la retraite. « Outre ma formation, je pense que c’est mon ouverture aux autres, ma capacité d’adaptation, ma détermination et surtout mon goût pour relever des challenges qui ont permis cette réussite », avoue-t-elle sans fausse modestie. Aujourd’hui son objectif est clair : poursuivre le développement du groupe et créer une entreprise sur une activité connexe.

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Sébastien Hamelin

ET DU RISQUE !

Racheter une entreprise, c’est un risque, mais celui-ci est d’autant plus gros lorsque la société en question est menacée de redressement judiciaire. Cela a été le cas pour Nathalie Balla, P-DG de La Redoute depuis 2009. Transformer le géant de la vente par correspondance en véritable e-commerçant, tel était son objectif pour le sauver et assurer sa pérennité. S’ils étaient nombreux à lui répéter que son combat était perdu d’avance, la quarantenaire n’a jamais rien lâché. Au contraire. Même si, pour y parvenir, il a fallu d’abord mettre en place un plan social lourd avec 1 200 suppressions d’emplois sur plus de 3 400 salariés. Aujourd’hui, le pari est largement relevé : l’enseigne a réussi à renouer avec la croissance.

 

ÉVOLUTION DES FEMMES DIRIGEANTES

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Extrait de l’article de KPMG
https://home.kpmg.com/fr/fr/home/media/press-releases/2015/06/portrait-s-femmes-dirigeantes-en-france.html

 

FEMME, MÈRE ET… CHEF D’ENTREPRISE !

Le goût d’entreprendre couplé à l’épanouissement professionnel est sans conteste ce qui fi gure en tête des raisons qui ont motivé ces femmes à poursuivre leur ascension. Mais pour certaines, ce n’est pas sans un sentiment de culpabilité. « Bien évidemment qu’au début, je culpabilisais de ne pas voir mes enfants parce que je travaillais beaucoup. Puis, au fi l du temps, je me suis aperçue que ce n’était pas tant la durée qui importait réellement mais plutôt la qualité des moments précieux que je leur consacrais. Et aujourd’hui, cela ne m’empêche pas d’entretenir une relation hyper fusionnelle avec eux », confie Carole.

Car l’équilibre entre les trois mandats de mère, femme et chef d’entreprise représente un réel enjeu. « Cette triple casquette oblige, en effet, les femmes à être plus méthodiques et organisées dans la gestion de leur quotidien », souligne Séverine.

Au début, on culpabilise de ne pas voir ses enfants mais c’est la qualité des moments qui compte et non la quantité

SEXE ? RIEN À DÉCLARER !

Si le parcours de ces femmes est exemplaire, elles se heurtent cependant toujours à de nombreuses réflexions.

« On m’a souvent fait la remarque d’être une entreprise composée uniquement de femmes. Ce n’est pas un choix mais un pur hasard ! N’empêche, c’est assez discriminatoire quelque part. On ne dirait pas ça si, à l’inverse, il n’y avait que des hommes, n’est-ce pas ? », déplore Carole.

 

De son côté, Séverine s’interroge :  

« j’ose espérer que si j’en suis arrivée là, c’est uniquement grâce à mes compétences et diplômes et pas parce que je suis une femme. Je trouve que cette histoire de parité n’est pas saine. On ne devrait pas avoir de passe-droit sous prétexte qu’on est une femme, on doit faire nos preuves comme les hommes. Après tout, je suis un chef d’entreprise avant d’être une femme. »

 

L’ART DE MANAGER… AU FÉMININ !

Si Séverine tend à supprimer les différences hommes-femmes dans la manière d’exercer son management, elle soulève cependant une évidence : être femme chef d’entreprise, c’est être à la fois assistante sociale et psychologue. « J’ai des collaboratrices qui m’ont confi é des choses qu’elles n’auraient jamais osé avec mon prédécesseur. L’une d’entre elles m’a demandé d’aménager ses horaires pour des raisons personnelles, je suis persuadée qu’elle ne l’aurait pas fait si j’étais un homme. » Pourquoi ? Parce que lorsqu’elles tiennent les rênes, les femmes sont généralement plus sensibles aux conditions de vies personnelles.

Mais alors, le management a-t-il un sexe ? La question peut paraître étrange mais pour certaines comme Anne-Sophie, pas de doute :

« le management au féminin est plus équilibré et plus équitable que le management au masculin. Les femmes sont dotées d’un instinct maternel qui leur permet d’avoir un bon relationnel, tout en restant rigoureuses et volontaires. Elles savent jouer de leur empathie sans en faire trop. Une femme aura une approche d’une situation relationnelle de manière extrêmement intuitive, et elle aura tendance à l’exprimer et à mettre le doigt directement sur ce qui ne va pas. Alors qu’un homme aura sans doute plus de difficultés à le faire ».

On ne devrait pas avoir de passe-droit, on doit faire nos preuves comme les hommes

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ON NE NAÎT PAS MANAGER, ON LE DEVIENT

Ce sentiment d’empathie « propre » aux femmes revient souvent lorsqu’il s’agit de qualifi er le management au féminin. Mais il a des limites. De facto plus sensible, la femme empathique prend souvent les choses à cœur. En effet, les émotions, lorsqu’elles ne sont pas contrôlées, peuvent s’avérer être un vrai défaut. « Je travaille beaucoup avec l’affectif. Si bien qu’un jour, lors d’un entretien de rupture, je me suis mise à pleurer. C’est la personne que j’étais en train de renvoyer qui me consolait », se souvient Carole, amusée. Anticiper ses émotions et les maîtriser donc.

Parmi les autres reproches faits aux femmes : le manque d’esprit politique. D’un naturel distant, les hommes sont plus stratèges que les femmes. Ils sont dans la tactique et ont une vision à long terme tandis que les femmes ont beaucoup plus le nez dans le guidon, elles sont dans l’opérationnel. À l’inverse, elles ont d’autres atouts qui pèsent lourd, notamment celui du couteau suisse. Force est de constater que les femmes qui endossent à la fois le rôle de femme, mère et chef d’entreprise, excellent dans le mode multitâches, élément clé du management. Mais rien n’est acquis. On ne naît pas manager, on le devient.

Think manager,  think male

écrivait le professeur Virginia Schein en 1973. Quarante ans plus tard, la formule semble être dépassée. Du moins pour Carole, Séverine, Anne-Sophie, Nathalie et Priscilla.

LE MANAGEMENT PAR LA CONFIANCE

Elle fait partie des 11% de femmes à travailler dans le secteur du BTP. Elle, c’est Priscilla Saunier, présidente du groupe Maisonneuve. Son crédo : insuffl er une nouvelle vision du management basée sur la confi ance, l’écoute et l’échange.

« Une femme dans le bâtiment, ça peut surprendre ! Mais une femme dirigeante dans le bâtiment, ça choque. » Dans ce bastion masculin, l’enjeu est de taille mais pas irréalisable. L’ancienne diplômée d’HEI a toujours été sensible à la question du bien-être au travail. « Ce qui compte le plus, c’est de donner la chance à chacun de contribuer au projet de l’entreprise. » Cette démarche sur laquelle Priscilla s’appuie est celle du participatif, « l’avenir du management ». La confi ance, l’écoute et l’échange ont longtemps été son leitmotiv. D’abord pour le groupe  La Poste, comme manager de projets pendant seize ans, puis pour Maisonneuve, dont elle a repris la présidence en juin 2016. Si la passation s’est déroulée en douceur pendant deux ans, la prise de fonction a rapidement entraîné avec elle son lot de changements. « On a recrée une entreprise », se félicite-t-elle. Comment ? En apportant un regard féminin sur un métier technique. Mais aussi en étant au plus près des clients et collaborateurs. Pour écouter, comprendre et décider ensemble. Parmi ses autres chantiers, celui de rajeunir l’image de groupe. Cette cure de jouvance se traduit par un nouveau slogan faisant la part belle aux valeurs humaines : « Quand on s’engage, on s’engage ». Et si c’était ça la clé du management de demain ?

 

ENTREPRENDRE ET RÉUSSIR AU FÉMININ, C’EST POSSIBLE !

Depuis une dizaine d’années, les créations d’entreprises poussent comme des champignons en France. Si la majorité des entrepreneurs sont des hommes, les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir passer le cap. Qui sont-elles ? Quel est leur parcours ? Et comment évoluent-elles dans ce monde parfois impitoyable ? Rencontres.

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Marie et Audrey, deux ex-cadres de La Redoute se sont associées pour monter leur boite, Les Vilaines Filles – Sébastien Hamelin

Le fait est assez rare pour être souligné. Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, le nombre de créatrices d’entreprises a progressé de 19% contre 15% pour l’ensemble des créateurs, entre 2010 et 2014, selon les derniers chiffres connus de l’Insee. Au total, elles représentent 28% des créations, soit un point de moins qu’en moyenne nationale. Elles sont aussi plus jeunes et plus diplômées que leurs homologues masculins. Elles ont autant de motivations d’entreprendre, d’innover et utilisent davantage Internet.

Dans le détail, plus d’une créatrice sur trois était auparavant salariée. C’est le cas de Marie et Audrey, deux anciennes cadres et collègues de La Redoute, devenues chefs d’entreprise. Lorsqu’en 2012, elles créent des bracelets pour leurs copines, elles sont encore loin d’imaginer leurs futures créations comme références dans les catalogues, y compris celui du style à la Française. Trois ans plus tard, elles profitent du plan de départ volontaire pour lancer à l’automne 2015 « Les Vilaines Filles », un e-shop qui propose des vêtements, mugs et accessoires féminins.

 

Il faut être intimement convaincue par son projet, peu importe ce que les autres pensent

DU SALARIAT AU BUSINESS

Passer du monde salarial à celui de l’entrepreneuriat entraîne un véritable changement de vie. « On a pris le risque de se lancer. On savait qu’il n’y aurait pas de retour en arrière possible mais on avait envie d’être décisionnaires, c’est-à-dire maîtresses de notre destin », racontent-elles. Et pour passer le cap, « il faut être intimement convaincue par son projet, peu importe ce que les autres pensent ».

Quelle différence majeure avec le salariat ? « On est toujours dans l’action. On ne s’arrête jamais. Même le soir, il nous arrive de répondre à nos clientes sur les réseaux sociaux, à leur grand étonnement », confi e Audrey. Et si le rêve devenait un jour cauchemar ? Même pas peur ! « Après tout, chaque échec doit être pris comme une expérience, et l’expérience, entre nous, ça n’a pas de prix ! », relativise Marie. Aujourd’hui, leur marque communautaire compte plus d’une centaine de produits et 15 000 fans sur Facebook.

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Chiffres-clés

  • 554 000 entreprises créées en 2016
  • 40% des entreprises individuelles sont portées par des femmes
  • 4 000 € de budget de départ pour 1/3 des femmes entrepreneures
  • 5  MILLIONS de créatrices potentielles

 

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Fanny et Florence ont récemment lancé Cmabulle, une application qui facilite les conduites scolaires ou les sorties loisirs entre parents – Sébastien Hamelin

CONVAINCRE SON BANQUIER… ET SA FAMILLE

Fanny et Florence, elles aussi, étaient salariées avant d’entreprendre. Elles ont dû également surmonter ce risque de passer d’un monde à un autre, d’une vie à une autre. Quand elle crée en 2010 Flexineo, une société qui propose du service aux entreprises – lauréate LMI – Fanny doit convaincre non seulement son banquier mais aussi son conjoint. Même son de cloche pour Florence qui rejoint l’entreprise en 2014. « Il fallait que mon mari accepte cette prise de risque. C’est difficile de se lancer quand on a une famille. On se pose tout un tas de questions comme le fait de devenir une mauvaise mère si on s’implique trop pour sa boîte ». Pour relever le défi, il faut donc parvenir à trouver un équilibre vie privée, vie professionnelle. Parce que finalement, il n’existe pas de «bon» moment pour sauter dans le grand bain. Le tout est de ne pas se noyer. « Notre force, c’est d’être deux. Ça créé une dynamique et de l’énergie !  On partage la même vision des choses et on est toutes les deux animées par la volonté de réussir », confie Fanny.

 

Il fallait que mon mari accepte cette prise de risque

 

Visite Pro, Management, FemmesL’ancienne lauréate des trophées « Elles Créent » projette de lancer prochainement des ateliers de customisation au sein de son bureau situé au sein de la Ruche d’entreprises de Tourcoing.

 

TROUVER SA VOIE

Autre donnée avancée par l’Insee : les femmes se lancent plus tôt qu’il y a 4 ans dans l’entrepreneuriat. Les moins de 30 ans représentent 28% des créatrices en 2014 contre 23% en 2010. Noémie, par exemple, avait 25 ans lorsqu’elle a débuté son parcours d’entrepreneure. Si elle a toujours eu la fibre créatrice depuis le jour où elle récupéra la machine à coudre de sa grand-mère, elle a mis quelques années avant de trouver sa voie. Après un BTS Design de mode à Tourcoing commence alors un long chemin parsemé d’embûches. Elle enchaîne diverses missions dans la mode et le textile, aux États-Unis puis en Thaïlande avant de revenir en France en août 2011. « Je ne savais pas encore précisément ce que je voulais faire mais je savais surtout ce que je ne voulais pas », confie l’intrépide entrepreneure. Trois  ans plus tard, son bureau de créativité textile, Télaé Design, était né. L’objectif : utiliser le textile comme moyen de communication pour les entreprises.

 

S’AFFRANCHIR DES STÉRÉOTYPES

« C’est difficile pour une femme d’entreprendre encore plus lorsqu’on est jeune », reconnaît Noémie. « On doit faire ses preuves et prouver chaque seconde que son projet est viable, d’autant plus que j’ai affaire à des dirigeants. » Un handicap certes mais qui a ses avantages. « D’un autre côté, ils ne se méfient pas de moi. Du coup, j’ai des choses à leur apporter. Je ne m’excuserai jamais d’être une femme, au contraire. » Transformer ces freins en réelles opportunités donc. Autre difficulté rencontrée : l’accès au financement. « À la création, tout le monde vous soutient. Mais au fur et à mesure que vous développez l’activité, il y a de moins en moins d’aides pour l’accompagnement », déplore la jeune femme. Pour obtenir un prêt à taux zéro de 15 000 euros, Noémie s’est rapprochée d’Initiative Lille Métropole Nord. Et comme cela ne suffisait pas, elle a également lancé une campagne de crowdfunding de 8 000 euros. « C’est hyper gratifiant car je me suis débrouillée pour aller chercher l’argent moi-même », se félicite-t-elle.

 

LES RÉSEAUX D’ACCOMPAGNEMENT : POURQUOI ET COMMENT ?

Pour que le parcours de la créatrice ne ressemble pas à celui du combattant, il existe des dispositifs d’aides et d’accompagnement. Leur objectif : donner aux femmes plus de visibilité et rompre l’isolement inhérent à la fonction de chef d’entreprise. Les réseaux du Nord font plutôt belle figure. Démonstration.

 

NORD PIONNIÈRES ACCOMPAGNE INDIVIDUELLEMENT LES FEMMES

Créé en 2009 par les Ruches d’entreprises Nord de France, Nord Pionnières a pour mission principale de doper l’entrepreneuriat au féminin dans des secteurs innovants.  L’objectif est d’accompagner individuellement les femmes tout au long du processus de création, d’amorcer le développement de leurs projets en favorisant le partage et le transfert d’expérience par le tutorat mais aussi faciliter l’accès au financement. « Ici, on ne fait pas de discrimination positive  », prévient Éric Lepot, directeur délégué. « On ne les aide pas parce que ce sont des femmes mais parce qu’elles ont des besoins. L’instinct maternel est une réalité qui les conduit à être plus précautionneuses. Il faut les aider à soulever les barrières et à être plus franc-tireur, d’où l’importance d’intégrer un réseau ! » Depuis sa création, Nord Pionnières a accompagné plus de 60 porteuses de projets.

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Sébastien Hamelin

FCE GRAND LILLE RÉPOND À DES OBJECTIFS MULTIPLES ET AMBITIEUX

Femmes chefs d’entreprises (FCE) est le réseau le plus ancien. Il a vu le jour en 1945 à l’initiative d’Yvonne-Edmond Foinant, la première femme à avoir été élue  à la CCI de Paris. Soixante-dix ans plus tard, l’association compte 2 500 membres actifs répartis en 45 délégations. Présente également dans 120 pays, elle réunit 50 000 membres au niveau international.

Les missions sont multiples : promouvoir le rôle des femmes chefs d’entreprises dans la vie économique, faciliter l’échange d’expérience, le développement de partenariats à travers un solide réseau, développer des compétences, lutter contre l’isolement, informer et former. « Les femmes se mettent elles-mêmes des freins à leur carrière pour préserver leur vie de famille. Elles sont naturellement prudentes et ne veulent pas prendre de risque démesurés », déplore Isabelle Hottebart, présidente de la délégation Grand Lille. « À nous de les inciter et les accompagner pour qu’elles soient rapidement aussi nombreuses que les créateurs d’entreprises. »

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Fatiha Legzouli, ancienne co-directrice d’Initiatives Plurielles entend écrire une nouvelle histoire avec Little Big Women.

LITTLE BIG WOMEN MISE SUR LE MENTORAT

Depuis septembre 2016, cette association a pour ambition d’insuffler le mentorat à destination des créatrices novices. « Cette approche permet de transférer et de formaliser des connaissances liées au savoir-être et au savoir-faire de l’entrepreneure », explique Fatiha Legzouli, fondatrice de l’association. L’ancienne co-directrice d’Initiatives Plurielles s’est mobilisée avec quelques marraines et partenaires pour faire revivre une partie de l’activité.

Si le crédo reste sensiblement le même, à savoir répondre aux problématiques spécifiques que rencontrent les entrepreneures, la mission va plus loin avec la notion de mentorat. Comment ça fonctionne ? Le mentor partage son expérience avec une entrepreneure moins expérimentée, contribue à son développement personnel et à son épanouissement professionnel, l’aide à prendre confiance et à s’affirmer en tant qu’entrepreneure. Celle-ci bénéficie ainsi du réseau professionnel de son mentor. « Les réseaux féminins sont importants, du moins lorsque les femmes sont en phase de création car elles vont plus facilement s’affirmer que si elles étaient face à des hommes », appuie Fatiha. « En revanche, on fait appel à des mentors masculins pour les aider à développer leur activité car on estime que les freins sont dépassés à ce stade. »

 

RÉSEAU EXPONENTIELLES MUTUALISE LES RESSOURCES DES CHEFS D’ENTREPRISES

Fondé en 2012 par Florence Duytschaever, le Réseau Exponentielles répond aux difficultés auxquelles se heurtent les femmes : créer et se faire connaître. Grâce aux moyens de communication mis en place, l’association permet aux chefs d’entreprises de mutualiser leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs activités respectives. Partage de bonnes pratiques, recherche de partenaires, création et développement d’animations communes… toutes ces actions contribuent non seulement à accélérer le chiffre d’affaires grâce aux ventes sur les événements organisés mais aussi à booster la notoriété de l’entreprise via le rayonnement du réseau et ainsi rompre l’isolement.

À ce jour, le Réseau Exponentielles compte 55 adhérentes et vient de donner naissance au Concept 43, un espace mutualisé où chacune peut exercer son métier et développer son activité. Situé à Marquette-lez-Lille, l’endroit est ouvert au public et regroupe, entre autres, restaurant, espace de co-working, ateliers, boutiques et univers dédiés à la beauté, au bien-être et au sport.

 

LE TROPHÉE « ELLES CRÉENT » VALORISE L’ENTREPRENEURIAT AU FÉMININ

Initié en 2004 par la délégation FCE Grand Lille, le trophée « Elles Créent » a pour but de valoriser la création d’entreprises au féminin dans la région des Hauts-de-France. En dix ans d’existence, la manifestation a recueilli plus de 400 dossiers et primé 50 participantes. Autrefois annuelle, sa périodicité est désormais biennale afin de renforcer davantage l’accompagnement des porteuses de projets. À noter : le forum des candidates ouvrira ses portes le 27 février prochain à la CCI Grand Lille. Mis en ligne le 8 mars, les dossiers seront analysés en juillet. Les 8 candidates sélectionnées se présenteront devant un jury en octobre pour une remise des trophées en novembre.

 

FORCE FEMMES REMET LES PLUS DE 45 ANS SUR LES RAILS DE L’EMPLOI

Créé en 2005 par Véronique Morali, à l’occasion du Women’s Forum de Deauville, ce réseau – présidé depuis 2010 par Françoise Holder –, s’adresse essentiellement aux femmes de plus de 45 ans en situation de chômage. Car c’est un fait : trouver un job après 45 ans peut s’avérer mission impossible. L’idée de Force Femmes est de redonner confiance à celles qui ont été mises sur le carreau, c’est-à-dire combattre les inégalités liées à l’âge en les accompagnant dans la recherche d’un emploi ou la création d’entreprise. Constituée de dix salariées, l’association regroupe plus de 600 bénévoles à travers onze villes françaises. En douze ans de combat, elle a aidé à remettre plus de 20 000 candidates dans le circuit professionnel.

 

LES AIDES FINANCIÈRES SPÉCIFIQUES AUX FEMMES

Le dispositif FGIF (Fonds de Garantie à l’Initiative des Femmes) a été mis en place par France Active. Cette garantie est destinée à faciliter l’obtention de prêts bancaires pour les projets de création, reprise ou développement d’entreprise.

www.franceactive.org

Le CLEFE (Club local d’épargne pour les femmes qui entreprennent), concept créé par l’association Racines, est composé de particuliers qui épargnent des fonds à destination des femmes porteuses d’un projet de création. Ces prêts sont assortis d’un intérêt que la créatrice rembourse selon une convention signée avec le club d’épargnants.

www.racines-clefe.com

MyAnnona est une plateforme de crowdfunding dédiée aux femmes qui entreprennent, du petit commerce à la start-up ambitieuse. L’objectif : leur permettre de trouver les premières ressources financières indispensables à leur aventure d’entreprise.

www.myannona.com

 

PARITÉ HOMMES-FEMMES, OÙ EN EST-ON EN FRANCE ?

Les écarts de rémunération entre hommes et femmes sont toujours aussi importants en France. Il en va de même pour l’accès à des postes de direction. Et pourtant, les femmes représentent tout de même près de la population active du pays. En campagne contre le sexisme, Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes fait le point sur la situation.

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laurence rossignol : « c’est la mobilisation de chacun d’entre nous, homme ou femme qui nous fera prendre le chemin de l’égalité »

 

Vous êtes à la tête du ministère des Droits des femmes, qui plus est, rattaché aux Familles et à l’Enfance, ce qui a fait pas mal grogner les féministes. Ne faudrait-il pas créer un ministère autonome pour les droits des femmes ? Ou est-ce trop sexiste ?

Le Ministère en charge des Droits des femmes est un ministère de plein exercice, même si son périmètre a été élargi. Cela est conforme aux engagements de François Hollande. Rappelons que le ministère dédié aux Droits des femmes avait été supprimé entre 2002 et 2012. Il n’y a rien de sexiste à associer la thématique des droits des femmes à celles de l’enfance et des familles, car au contraire, le sexisme et les stéréotypes sur les rôles présupposés des mères et des pères, des femmes et des hommes dans la société, s’invitent très tôt dans la vie des individus, et la question de l’égalité entre les femmes et les hommes concerne aussi la famille. Si elle est un lieu de protection et d’épanouissement, elle peut également devenir le théâtre de violences à l’encontre des femmes, ce qui peut, directement et indirectement, toucher les enfants. La question de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est également intimement liée à la défense des droits des femmes, tout comme le sont les questions d’accompagnement des familles monoparentales isolées, qui sont, dans leur très grande majorité, des mères.

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En France, l’égalité professionnelle hommes-femmes semble être toujours remise en cause ? À quel niveau ?

L’égalité professionnelle progresse. Les écarts de salaire diminuent deux fois plus vite en France que dans la moyenne de l’Union Européenne ( entre 2008 et 2013, chute de 0,9 point en Europe (17,3% à 16,4%) pour 1,7 point en France (16,9% à 15,2%) selon Eurostat). Le taux d’emploi des femmes de 66%, en 2014, situe la France légèrement au-dessus de la moyenne européenne (63%). En matière de présence des femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises, la France a progressé de 11,8 points entre 2013 et 2016 ; elle est au premier rang européen avec 38% de femmes dans les instances de gouvernance des sociétés du SBF120, et 40% au sein du CAC40. On est encore loin du compte. Le récent rapport de France Stratégie démontre que dans le monde du travail, être une femme reste le premier facteur d’inégalité. À l’heure actuelle, la moitié de l’emploi féminin se concentre dans seulement 12 des 87 familles professionnelles contre 20 familles pour les hommes. Seul un métier sur 8 est mixte. Cela joue à la fois sur les rémunérations et referme l’horizon professionnel des individus. Les hommes gagnent en moyenne 19% de plus que les femmes. À niveau et compétences égaux, les hommes gagnent toujours 10% de plus que les femmes, un chiffre stable depuis 25 ans. Cette différence de revenus persiste tout au long de la vie : les femmes perçoivent une retraite 37% inférieure à celle des hommes. Les femmes ne pénètrent pas les comités exécutifs (elles sont actuellement 15%) des entreprises.

 

Les hommes gagnent en moyenne 19% de plus que les femmes

 

Comment combattre ces discriminations ?

Ces discriminations peuvent être combattues efficacement par la mobilisation collective. Cela passe par une prise de conscience du sexisme qui pourrit la vie des femmes au quotidien, ce que le plan de mobilisation contre le sexisme a contribué à faire. Je crois profondément dans le pouvoir de la loi et de la contrainte pour faire bouger les lignes, comme le montre la progression du nombre de femmes dans les conseils d’administration et de surveillance des grandes entreprises. Cela n’est toutefois pas contradictoire avec un accompagnement des entreprises dans leurs politiques de responsabilité sociale, notamment via des initiatives comme le Label égalité, délivré par l’AFNOR et le Ministère en charge des Droits des femmes, et qui montre que de nombreuses bonnes pratiques en matière d’égalité entre les femmes et les hommes au niveau professionnel peuvent être mises en place.

 

Vous avez lancé un plan interministériel 2016-2020 à cet effet. Quels sont les objectifs ? Comment et avec quels moyens ce plan va-t-il changer les choses ?

Le premier Plan interministériel en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a été élaboré, et financé à hauteur de 80 millions d’euros qui seront dédiés à l’insertion des femmes dans l’emploi, à l’égalité entre les femmes et les hommes dans le champ du travail,  et à la mixité des métiers. L’objectif de ce plan interministériel est de parvenir à développer une culture de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes au travail. Les mesures qu’il contient participeront à ancrer, diffuser, évaluer et moderniser l’action publique en faveur de l’égalité professionnelle. Ce plan propose des mesures nouvelles, complémentaires aux dernières avancées législatives et règlementaires, pour que chacun.e participe à construire un environnement non sexiste et contribue ainsi à l’égalité entre les femmes et les hommes. Les discriminations et le manque de mixité ont un coût social et économique inacceptable pour notre société. L’égalité professionnelle est un formidable levier de développement, mais également, et avant toutes choses, une exigence pour notre République. L’ensemble des ministères s’y engagent au travers de ce plan.

 

Selon les chiffres, 40% des femmes renoncent à leur projet professionnel pour assumer leur vie de famille. Comment changer les mentalités ?

Avec les associations et les acteurs et actrices de terrain, nous avons lancé un plan d’action et de mobilisation contre le sexisme, visant à débusquer le sexisme partout où il se trouve, le rendre visible, le nommer et mettre en lumière toutes les initiatives qui contribuent à le faire reculer. Le Plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme engage l’ensemble des citoyennes et des citoyens à agir et à réagir, en proposant des initiatives qui font reculer le sexisme, en soutenant la mobilisation et en témoignant de leurs expériences. C’est la mobilisation de toutes et tous qui nous fera prendre le chemin de l’égalité et changer les mentalités.

 

D’ailleurs, quels sont les résultats de la campagne « Sexisme, pas notre genre » lancée à votre initiative en septembre dernier ?

Les résultats sont très positifs  :  389 initiatives ont été labellisées dans toute la France. Tous les champs de la société sont couverts par la mobilisation de porteur.se.s d’initiatives qui mènent des actions souvent innovantes pour faire reculer le sexisme. La multiplicité des actions montrent que des solutions existent, qu’il était nécessaire de les mettre en lumière pour prouver que des initiatives participatives et citoyennes peuvent en venir à bout. En parallèle, la parole s’est libérée. Des phénomènes comme «  Chair collaboratrice » et tous les « Paye ta » (Paye ta shnek, Paye ta robe, Paye ton taf) participent du même mouvement et contribuent à une prise de conscience collective sur l’ampleur du sexisme dans tous les secteurs.  

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389 INITIATIVES ANTI-SEXISME LABELLISÉES EN FRANCE

À quelques mois de la présidentielle, quel bilan faites-vous de ce quinquennat en matière d’égalité hommes-femmes ?

Les avancées ont été considérables. La mixité des métiers a été valorisée avec la signature de plusieurs plans mixité dans différents secteurs professionnels (petite enfance, numérique, transports, services à la personne…). De 2012 à 2015, le nombre global de femmes entrepreneures est passé de 38 000 à 82 000 : il a plus que doublé, notamment grâce au fonds de garantie à l’initiative des femmes (FGIF) doté de 6 millions d’euros (garantissant 29 millions d’euros), et à la sensibilisation à l’entrepreneuriat dans les lycées et collèges auprès des jeunes fi lles. Le congé parental a été réformé pour accroître le niveau d’emploi des femmes et favoriser le partage des responsabilités parentales, dans la perspective d’une meilleure articulation des temps de vie. Le nombre d’entreprises disposant d’un accord sur l’égalité professionnelle a progressé : près de 70% des entreprises de 1 000 salariés et 1/3 des entreprises de plus de 50 salariés sont désormais couvertes par un accord ou un plan d’action pour l’égalité professionnelle.

 

Si la droite passe au pouvoir, quelles sont vos craintes quant à votre engagement ?

Le candidat des Républicains accueille dans son équipe de campagne des personnalités hostiles au droit à l’avortement. Plusieurs députés de droite ont manifesté un profond mépris pour le droit des femmes à disposer de leur corps lors du débat sur la proposition de loi créant un délit d’entrave à l’IVG. Ce débat a permis de montrer le vrai visage de la droite  conservatrice, rétrograde et menaçant les avancées obtenues par les femmes. Si la droite arrivait au pouvoir, il faudra continuer la mobilisation que mon Ministère a contribué à lancer contre le sexisme. Cette mobilisation est un mouvement fort et durable.

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