Entreprises centenaires, pourquoi et comment s’en inspirer ?

Elles existent depuis 100 ans et des poussières. Elles ont traversé les âges, les deux guerres mondiales, les crises économiques, les ruptures technologiques... Toutes ont lutté contre vents et marées pour rester dans la course et assurer, au fil des ans, une croissance durable tout en adaptant leur activité au marché. Comment ont-elles évolué ? Quels sont les secrets de leur longévité ? Et quelles leçons peut-on en tirer ? Enquête.

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Sommaire 

  • Entreprises centenaires VS start-up, le match est ouvert
  • Les entreprises familiales font de belles centenaires
  • Reprendre une affaire : bonne ou mauvaise pioche ?
  • Rajeunir l’image de marque, un défi de taille
  • Quelques lectures pour s’inspirer

 

« Nous avons besoin d’hommes qui peuvent rêver de choses qui n’ont jamais existé »

John F. Kennedy

 

Entreprises centenaires VS  start-up, le match est ouvert !

La transformation digitale, induite par l’ubérisation de la société, incite plus que jamais les entreprises d’hier et d’aujourd’hui à se remettre en question. Si les unes ont besoin de la fougue des jeunes pousses, les autres ont tout intérêt à puiser de l’expérience de leurs aînées. Décryptage.

Les start-up trustent les couvertures des médias. Elles enchaînent les levées de fonds à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros par mois. 108 levées ont été recensées au 3ème trimestre 2017, totalisant 367 millions d’euros, d’après le baromètre interactif des start-up du numérique. Preuve qu’elles sont indispensables au renouvellement du tissu industriel. Mais la valeur capitalistique et l’activité économique qu’elles génèrent sur le territoire n’ont rien de comparable à celles des vieilles pousses. Il n’y a qu’à regarder l’âge des entreprises qui composent le CAC 40 : 105 ans en moyenne ! Air Liquide, L’Oréal, Renault, Société Générale, Saint-Gobain, Veolia… Toutes ces sociétés, fondées à la Belle Époque avec un capital modeste, ont été immédiatement rentables. Reconnues mondia-lement, elles restent très dynamiques et performantes sur leur secteur respectif malgré leur grand âge. Leurs secrets ? Adaptation permanente au marché, l’écoute client et la course à l’international. Aujourd’hui, pour rester dans le mouv, elles se sont mises à marche forcée au digital, elles investissent dans des entreprises innovantes, elles se maintiennent à la pointe de la technologie. Mais alors, qu’est-ce qui distingue réellement les start-up des entreprises centenaires ?

 

Start-up, pas si vite !

Par définition, les start-up font preuve de souplesse, d’agilité et d’une capacité à innover en permanence. Des qualificatifs qui feraient presque pâlir d’envie les centenaires. Pourtant, elles sont aussi nombreuses que les autres à échouer. Les principales causes de cet échec ? La recherche de taille critique qui les emmène à brûler beaucoup de cash pour aller vite, ce qui engendre une croissance folle à laquelle elles ne sont pas suffisamment préparées. Bilan : charges mal maîtrisées, bad buzz lié à des clients mécontents, échec d’une seconde ou troisième levée de fonds. C’est ce qu’a connu la start-up ChicTypes. Après une première levée de fonds de 1,4 million d’euros puis une seconde de quatre millions dont la moitié soumise à objectifs, la société spécialisée dans le personal shopping a été placée en redressement judiciaire en août 2016. Dans une interview accordée au site Maddyness, Étienne Morin, co-fondateur, explique que sa société “n’a pas réussi à atteindre la masse critique pour assurer sa pérennité”. Les investisseurs n’ont pas souhaité renouveler leur confiance. Pour l’heure, nous ne savons toujours pas si la société a trouvé repreneur.

 

L’âge des entreprises qui composent le CAC 40 : 105 ans en moyenne !

Air Liquide, L’Oréal, Renault, Société Générale, Saint-Gobain, Veolia…

 

Cette obsession de la croissance au détriment de la rentabilité, la start-up Save en sait quelque chose. Après avoir consommé énormément de cash, la société n’était plus assez rentable pour rembourser ses dettes. Une chute brutale qui l’a conduite à licencier un tiers de ses effectifs en 2016. Après huit mois de redressement judiciaire et une sérieuse reprise en main de sa gestion des stocks, la start-up a finalement trouvé un repreneur pour continuer l’aventure.

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Centenaires ou le leadership durable

À l’opposé, les entreprises centenaires maîtrisent les phases de croissance, connaissent les comptes de charges sur le bout des doigts et ont constitué des trésors de guerre pendant les années fastes. Néanmoins, elles doivent se montrer vigilantes sur l’écoute client et sur les évolutions du marché. “Dans notre métier, l’assurance, nos fondamentaux n’ont pas changé, par contre il existe un besoin accru de protection et de sécurité, une recherche croissante concernant les facilités de paiement. Ces nouveaux besoins nous ont permis de proposer de nouvelles solutions. Nous venons par exemple de recruter deux experts du risque client à l’international pour développer une offre innovante répondant aux nouveaux enjeux des multinationales, à savoir : sécuriser et accélérer leur croissance”, explique Alain Deledalle, Président de Deledalle ACF, courtier spécialiste dans la gestion et la protection des risques financiers de l’entreprise depuis plus de cent ans. Autre point d’attention : savoir inculquer la culture du changement à ses collaborateurs. “Quand vous faites le même métier depuis cinquante ans, ce n’est pas facile de bousculer les règles. Certains salariés se sont installés dans un confort. Il faut embarquer tout ce petit monde avec vous pour évoluer”, confie Gilles Bernard, Président-Directeur Général de la société Briqueteries du Nord et Président du Club des Entreprises Centenaires. A contrario, l’ancienneté des salariés dans le métier leur permet de s’inscrire dans une vision à long terme, avec du recul et en privilégiant les objectifs de résilience à ceux de la performance à court terme. Ce qui prime avant tout, c’est la pérennité de l’entreprise, bien avant sa performance immédiate.

 

Quand vous faites le même métier depuis cinquante ans, ce n’est pas facile de bousculer les règles. Certains salariés se sont installés dans un confort. Il faut embarquer tout ce petit monde avec vous pour évoluer.

 

Les clubs

Le régional

Créé en 2012 par quatre membres fondateurs, le club des Entreprises Centenaires compte désormais 41 adhérents. Soutenu par Les Places Tertiaires – anciennement Lille Place Tertiaire – structure dépendante de la CCI Grand Lille, ce club vise à fédérer les entreprises dans le but de faire partager leur histoire, échanger sur leurs valeurs mais également de mettre en exergue les facteurs et compétences qui ont permis cette réussite afin de transmettre aux jeunes entreprises l’envie de vivre une histoire semblable.

lilleplacetertiaire.com/entreprises_centenaires

 

Le club des grands

Fondé à l’initiative de l’ancien Président de l’Anvie, Jean Monville, de La Caisse des Dépôts et Consignations, Fives, La Poste, Primagaz, la SNCF et SPIE, le Cercle des Entreprises Centenaires (CEC) rassemble des dirigeants convaincus de la nécessité d’inscrire leur entreprise dans une vision à long terme avec un leadership adapté aux changements et à la conjoncture actuelle.

lecec.net

 

Le familial et bicentenaire

Constituée en 1981, les Hénokiens est une association d’entreprises familiales et bicentenaires qui regroupe 47 membres parmi lesquels des chefs d’entreprise, dirigeants et managers français, belges, suisses, anglais, allemands, hollandais, japonais… partageant tous un objectif commun : promouvoir les entreprises familiales. Les critères d’appartenance reposent sur la pérennité de la firme : 200 ans d’âge moyen et sa bonne santé financière.

henokiens.com

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Retrouver le goût de l’avenir

S’il y a bien une chose en commun qu’ont les entreprises centenaires et les start-up, c’est l’optimisme. En 2016, lors du Printemps de l’Optimisme, tandis qu’il était encore Ministre de l’Économie et des Finances, le Président Emmanuel Macron s’était penché sur la nécessité pour les entreprises de regarder vers l’avant. “Nous ne construirons pas le futur avec optimisme si on regarde le passé. Les start-up l’ont bien compris. Les entreprises centenaires aussi. Ce dont notre pays a besoin, c’est de retrouver le goût de l’avenir”, avait-il commenté. Ce goût de l’avenir, cet optimisme pragmatique dont il est question, est primordial aujourd’hui pour exercer un leadership en entreprise, pour que celle-ci demeure productive et qu’elle continue à innover. Les salariés comme les managers en ont besoin. Cet optimisme devient alors une compétence managériale contribuant ainsi à la croissance et à la bonne santé de l’entreprise.

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Sébastien Hamelin

Les entreprises familiales font de belles centenaires

Concurrence, croissance, succession… Dans le Nord, les entreprises familiales centenaires ont dû faire face à de nombreux défis pour garantir la pérennité de leur modèle. Qui sont-elles ? Quelles sont leurs valeurs ? Et comment ont-elles réussi à transmettre le flambeau aux générations suivantes ? Rencontres avec ces dames de fer qui font la fierté de notre région.

En France, sur 50 000 entreprises familiales, 1 500 ont franchi le cap des cent ans. Dans le Nord, elles sont nombreuses à participer activement à l’économie de la région et à celle du pays. Ces PME et ETI (entreprises industrielles de taille intermédiaires) ont admirablement surmonté la crise, en dépit des turbulences et du poids des ans, et demeurent fidèles à leurs valeurs. Souvent éloignées du paysage médiatique, ces centenaires familiales se révèlent plus résistantes que les autres. Gage de pérennité, de qualité mais aussi de sécurité, cet ancrage familial permet d’inscrire durablement ces sociétés dans le long terme.

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Faire de l’adversité une opportunité

La principale force des entreprises familiales, c’est leur capacité d’adaptation à un environnement qui évolue en permanence. C’est ce qu’a compris le groupe de transport-logistique Bils-Deroo. L’histoire démarre en 1911, cinq générations plus tôt, lorsque Gustave Beyls et son épouse, tous deux originaires de Belgique, s’installent dans le Douaisis, après un long voyage aux États-Unis. Le couple fait alors du commerce de pommes de terre. Quinze ans plus tard, le fils aîné, Maurice se marie avec Germaine Deroo. Né de cette union, Jacques Bils reprend les commandes de l’entreprise en 1960 et la fait passer de petit négociant de pommes de terre à transporteur public pour rentabiliser les coûts. Mais l’effondrement du marché de l’automobile en 2008 a poussé la société à élargir sa palette avec l’activité de logistique via sa filiale Simastock, qui représente aujourd’hui la plus grosse part du chiffre d’affaires. L’entreprise familiale continue ainsi à faire la différence par sa réactivité, son agilité et sa maîtrise de la chaîne logistique.

 

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Jimmy Bils, Président du groupe Bils-Deroo


“Je ne voulais pas être le fils de…”

Reprendre le flambeau peut être vécu parfois comme une pression supplémentaire à assumer pour les descendants des fondateurs. Jimmy Bils, patron du groupe Bils-Deroo, n’avait pas prévu d’abandonner ses projets de vie pour reprendre sur ses épaules la gestion de la société familiale. S’il se félicite aujourd’hui de la bonne santé du groupe (plus de trois cents collaborateurs ont été embauchés en quinze mois grâce à un chiffre d’affaires proche des 100 millions d’euros), ce nordiste au visage rond et au crâne lisse affiche un air presque triste lorsqu’il aborde le contexte dans lequel il est devenu le dauphin de son père. Fils aîné de la famille, Jimmy n’avait pas le “choix” de reprendre les rênes. ”J’ai grandi en voyant mes parents travailler comme des acharnés. J’ai vu, de mes propres yeux, l’énergie que ça demandait. Je ne pouvais pas laisser mon père comme ça, le poids de l’héritage a été plus fort, le travail étant considéré comme la plus grande valeur dans notre famille”, confie-t-il d’une voix fluette celui qui rêvait pourtant d’être, soit footballeur professionnel soit journaliste sportif. Rattrapé par cette réalité à laquelle il ne pouvait définitivement pas échapper, Jimmy entreprend des études pour apprendre la gestion, l’économie et le transport à l’École de direction du Transport Routier avant d’entrer dans l’entreprise en 1986 comme affréteur. “Il n’était pas question que j’intègre la société sans aucun bagage. Ma plus grosse hantise était qu’on m’insulte de fils à papa. Je voulais gagner ma place dans l’entreprise comme n’importe qui.” Trente ans plus tard, Jimmy essaie toujours d’être à la hauteur de son père. Comme sa fille de 28 ans, Julie, qui occupe d’ailleurs un poste en chargée de missions RH au sein du groupe. Toutefois, si la descendance semble assurée, Jimmy reste prudent. “Je ne forcerai pas mes enfants s’ils n’en ont pas envie.”

 

Je n’ai jamais considéré la société comme une vache à lait.

 

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Jean-Pierre Tonneau, dirigeant de Serre Tonneau  © Delphine Chenu

Savoir se recentrer

S’adapter aux mutations du marché, savoir se remettre en question mais aussi changer de métier, autre pilier de longévité. Comme la maison Bils-Deroo, l’entreprise familiale Serres Tonneau a complètement revu son champ d’activité. Fondée en 1904 à Roubaix, la société est spécialisée dans la métallurgie et la mécanique pour le textile. Avec la crise du textile, elle s’est diversifiée dans la fabrication et la commercialisation de serres de jardin, aujourd’hui labellisées “Origine France Garantie”. Si les deux activités sont menées en parallèle pendant vingt ans, la seconde prend le pas sur la première en 1982. “Il a fallu se recentrer sur un seul métier, c’est ce qui nous a sauvés”, raconte Jean-Pierre Tonneau, arrière-petit-fils du fondateur et dirigeant depuis 1985. La diversification d’une part, les valeurs de l’autre. Si les entreprises centenaires perdurent, c’est aussi parce qu’elles ne reposent pas simplement sur la bonne maîtrise des outils financiers, juridiques et économiques mais sur des responsabilités morales. “Je n’ai jamais considéré la société comme une vache à lait mais comme quelque chose de pérenne et transmissible”, lâche Jean-Pierre. “On est moins gourmand que si on était sous la pression d’un groupe financier mais on est prudent. Certes, c’est déjà arrivé de foncer tête baissée mais avec l’expérience, on acquiert de la sagesse et beaucoup de philosophie.”

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Moulins Waast
Moulins Waastisite Pro, Entreprises centenaires, Moulins Waast
Emile Waast

Diversifier l’offre pour l’international

Dans la campagne de la Pévèle, Émile et ses deux fils, Emmanuel et Michel, alimentent l’une des plus vieilles entreprises familiales de la région, les Moulins Waast. Depuis, la meunerie s’est transmise de père en fils. Aujourd’hui spécialisée dans la transformation de onze céréales, elle produit chaque année près de 15 000 tonnes de produits finis à destination de grands groupes alimentaires nationaux et internationaux. La recette de leur succès ? Diversifier leur gamme pour répondre aux attentes des consommateurs de culture méditerranéenne, asiatique, africaine, slave ou encore anglo-saxonne.

“Notre diversité a permis de gagner une large clientèle, c’est ce qui fait notre force”, sourit Émile, les étoiles plein les yeux. Deuxième enjeu : s’adapter à une société de plus en plus vigilante à la qualité des produits alimentaires. La meunerie a ainsi initié une démarche de développement durable pour “respecter la santé du consommateur et de l’environnement et garantir la qualité de nos produits”, souligne Émile. “Il s’agit également de faire face aux contraintes et aux réglementations actuelles. C’est une vigilance de tous les instants”, poursuit-il. Troisième mot d’ordre : innover ! À 84 ans, le meunier croit dur comme fer à l’avenir de son entreprise. Il prévoit, en ce sens, la création prochaine d’une halle technique intégrant un pôle de recherche et développement pour tester de nouveaux produits et méthodes de travail, ainsi qu’un espace de coworking dédié à la réflexion et aux échanges. Si le vieux moulin de bois a disparu de la colline de Mons-en-Pévèle, la famille Waast perpétue la tradition avec une bonne dose d’ingéniosité, plusieurs cuillères de persévérance et une montagne de pugnacité !

 

Reprendre une affaire : bonne ou mauvaise pioche ?

Les dirigeants des entreprises centenaires sont attachés à l’idée de conserver l’entreprise dans la famille. Pour des contraintes financières ou l’absence de vocation chez les descendants, nombreuses sont celles à quitter chaque année la sphère familiale. Pour les repreneurs, hériter d’une telle affaire représente un double enjeu : pérenniser la société tout en innovant.

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Les Graines Bocquet À LA conquête d’un nouveau marché

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Hervé Delcourt

Ça, Hervé Delcourt l’a bien compris. Après vingt ans passé dans la distribution, ce patron dynamique a racheté il y a trois ans l’entreprise familiale Les Graines Bocquet, spécialisée depuis trois générations dans la production et le conditionnement de graines florales et potagères. De la Vendée au Jura, en passant par le Loiret, trois millions de sachets sont vendus par an, soit 800 références d’espèces différentes. “Si les chiffres tiennent la route, le marché en lui-même n’est plus aussi porteur qu’avant, notamment à cause du vieillissement de la population”, regrette Hervé qui a rapidement saisi l’importance de diversifier l’activité. “Mon credo a été le suivant : continuer ce qui fonctionne tout en essayant de conquérir le nouveau consommateur.” Pour redonner un coup de jeune au jardinage, le quarantenaire a imaginé un concept de box de graines. L’idée : cultiver son petit potager sans se prendre le chou et quel que soit l’endroit où l’on se trouve, en ville ou à la campagne !

Le site Internet cultiversonjardin.fr, spécialement conçu, propose des coffrets thématiques ou mensuels et offre même la possibilité de personnaliser sa propre box. Herbes aromatiques, salades, légumes bio, détox… il en existe pour tous les goûts et surtout “pour ceux qui n’ont pas spécialement la main verte”, précise Hervé. Une belle façon de réconcilier la nouvelle génération au jardinage tout en pérennisant davantage l’entreprise. “Je reste à l’affût des nouvelles idées. L’une des clés de la réussite, c’est pouvoir se remettre en question, chercher de nouveaux produits pour répondre aux besoins des clients”, conclut-il.

 

“L’une des clés de la réussite, c’est pouvoir se remettre en question”

Reprendre une entreprise, qui plus est centenaire, peut être une alternative à la création. Les entreprises centenaires ont, par leur ancienneté, réussi à passer les crises et l’épreuve des années. Elles sont bien armées. Leur positionnement marketing et leur mode de management sont beaucoup plus prudents. Elles sont, pour la plupart, sur des marchés de niche plus protégés que les autres. Le risque de reprendre une entreprise qui a déjà fait ses preuves est donc moindre. À condition de faire perdurer les valeurs de départ, autrement dit la signature qui a assis la notoriété de la marque.

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Nicolas Bonte, Directeur de Tissage Art de Lys

Tissage Art de Lys, la start-up centenaire idéale

Comme Hervé Delcourt, Nicolas Bonte n’a pas été effrayé à l’idée de reprendre une entreprise centenaire. Au contraire. L’actuel directeur de la société Tissage Art de Lys, dont les ateliers sont basés à Lys-lez-Lannoy, veut prouver que le tissage régional n’est pas mort. Fondée en 1890 par Jean Deffrennes Canet et Édouard Catrice, l’entreprise se spécialise dans la confection de tapisserie et de tapis. Un siècle plus tard, Tissage Art de Lys propose des accessoires textiles et décoratifs haut de gamme aux motifs jacquard ou tendance à partir d’un catalogue riche de 9 000 références. Tapisseries, coussins, trousses, tentures murales, chemins de table, objets déco… toutes les collections sont dans l’air du temps. “Il faut s’adapter à l’évolution de la mode. C’est la raison pour laquelle je considère la société comme une start-up centenaire capable de se renouveler chaque année sans pour autant trahir notre ADN, notre savoir-faire”, commente Nicolas Bonte. Avec une fabrication 100% française, Tissage Art de Lys mise sur la “french touch” et exporte à travers plus de 40 pays. Du Japon à la Chine, en passant par la Russie et les États-Unis… l’exportation représente aujourd’hui 70% du chiffre d’affaires. “Tissage Art de Lys est certainement plus connue au Japon qu’en France”, plaisante le dirigeant. Cette renommée internationale permet en tout cas à l’entreprise d’être adaptable, agile et réactive. Trois maîtres-mots indispensables pour se maintenir dans la course économique.

 

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Grégory Dekoninck, Dirigeant de Bisman  © Delphine Chenu

“Ce n’est pas parce qu’on est centenaire qu’on est moins fragile”

 

Bisman : s’allier pour rebondir

Nouveaux marchés, nouvelles stratégies, les entreprises centenaires doivent se diversifier pour survivre. L’entreprise de gravure Bisman ne déroge pas à la règle. Son dirigeant, Grégory Dekoninck, en est convaincu : “Ce n’est pas parce qu’on est centenaire qu’on est moins fragile. Ça demande de répondre aux exigences du marché. Je me bats tous les jours pour fournir un service client irréprochable. Il ne faut pas se reposer sur ses acquis. C’est le client qui fait vivre l’entreprise, c’est lui le véritable patron, pas moi”. L’ancien responsable de marque dans l’automobile a repris, avec son épouse, la société fin 2012. Pas de lien de parenté mais un même goût pour la gravure. “On a récupéré un morceau du patrimoine local, c’est une fierté de pouvoir perpétuer une tradition bientôt vieille de 150 ans”, sourit-il. Mais cela n’a pas toujours été sans difficulté. En 2015, le chiffre d’affaires est en déclin, il faut réagir et vite. “Avec notre associé-fournisseur, on a répondu à un appel d’offre pour la signalétique du futur Institut Coeur Poumon du CHRU de Lille. Cette synergie intelligente nous a sauvés, on ne serait sans doute plus là aujourd’hui”, confie Grégory. Au 37 rue de Cambrai à Tourcoing, le petit atelier de gravure s’adapte aux techniques les plus modernes de marquage : gravure chimique (en laiton, inox ou alu), plaques de constructeur, signalisation, sérigraphie (affiches, badges, autocollants), impression (typo, relief, timbrage)… Plusieurs dossiers sont également en cours de réalisation avec des directions artistiques. L’entreprise a ainsi vu son chiffre d’affaires progresser de 20% en 2016. Gageons que la croissance reste sur une bonne pente !

 

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Marc-Alain Deledalle, gérant de Billards-Toulet «Le design nous a sauvés»

À Bondues, Marc-Alain Deledalle dirige la société Billards-Toulet. Ancien salarié, il décide en 2008 de se porter acquéreur. Si la réputation de l’enseigne fondée en 1857 n’est plus à faire, le jeune entrepreneur, passionné de billard, a très vite compris l’importance de lui redonner un second souffle en prenant un virage marketing radical.

 

Visite Pro : Vous avez repris la société Billards-Toulet en 2008. Quelle était votre ambition ?

Marc-Alain Deledalle : En tant qu’ancien directeur commercial, je connaissais tous les rouages de l’entreprise. À l’époque, celle-ci était en perte de vitesse. L’âge d’or du billard était révolu. Le fameux tapis vert et les pieds traditionnels Louis XVI ne répondaient plus aux critères esthétiques, tandis que l’habitat était devenu plus moderne et contemporain. Nous avons donc dû réfléchir à de nouvelles pratiques de fabrication pour relancer l’activité.

VP : Comment avez-vous innové ?

M-A D : Au départ, nous avons fait appel à des designers pour travailler l’habillage du billard en misant par exemple sur la personnalisation des couleurs. Malheureusement, ça n’a pas suffi à casser les codes du billard classique. Il a fallu pousser le brief plus loin, notamment en apportant de la technologie (enceintes intégrées ou éclairage du tapis) et de nouvelles possibilités d’usages. Grâce à un plateau, le billard peut facilement se transformer en table de salle à manger. Il est devenu un objet déco à part entière. Cette nouvelle image a permis de créer une autre demande et toucher, par la même occasion, la clientèle féminine. Aujourd’hui, certains clients viennent acheter un billard, non pas pour sa fonction première, mais pour la beauté du meuble en lui-même.

 

VP : Quels résultats sur la croissance ?

M-A D : En 2010, lorsque nous avons lancé notre nouvelle gamme de billards, le chiffre d’affaires de l’entreprise a bondi avec une croissance de +63%. Depuis, nous avons réussi à la maintenir à +15% chaque année. Le design nous a sauvés ! Si bien que notre savoir-faire séduit au-delà des frontières : aujourd’hui 50% du chiffre d’affaires est réalisé à l’export contre 2% en 2010.

Rajeunir l’image de marque, un défi de taille

Gage de fiabilité et de crédibilité, l’ancienneté rassure les consommateurs. Mais parfois, la marque s’enferme dans une génération et vieillit en même temps que son client. Comment retrouver le dynamisme et la fraîcheur des premières années ? Comment faire de son identité centenaire un levier pour séduire une nouvelle clientèle ? Joël Toulemonde, PDG du groupe VeryWear et Jérémie Nathan, Directeur Général de Phildar, témoignent.

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Equipe Verywear

 

Modernité digitale

“Quand je suis arrivé dans la société il y a dix-huit ans, personne ne croyait aux multi-marques sauf moi. Je me suis accroché à cette idée sans perdre de vue le client et ses besoins. Aujourd’hui, nous sommes leader dans l’activité des multi-marques en France au travers de nos trois enseignes : Devianne (notre socle historique et centenaire) en périphérie des villes et dans les grands centres commerciaux, Julie&Co en centre-ville et galeries commerciales et enfin, Stanford en région parisienne. Chez VeryWear, notre mission est de conserver notre âme tout en modernisant notre image grâce à la transformation digitale, ce formidable levier de communication et d’instantanéité qui fait notre futur. Nous travaillons par exemple beaucoup avec les blogueuses et les influenceuses. Dans le prêt-à-porter, c’est devenu indispensable. Le plus difficile étant de préserver l’équilibre entre les clients, les fournisseurs, les collaborateurs et la finance. J’essaie de fédérer ces forces en permanence.”

Joël Toulemonde, PDG du groupe VeryWear

 

“IL Y A DIX-HUIT ANS, PERSONNE NE CROYAIT AUX MULTI-MARQUES, SAUF MOI.”

 

Nouvelle identité

“Quand j’ai pris la direction de Phildar en 2012, il fallait tout recréer. Reprendre en main une entreprise, la transformer tout en gardant son ADN, son identité et ses valeurs, autrement dit attirer la jeune génération sans se départir totalement de la clientèle fidèle depuis des années, je peux vous assurer que c’est un sacré challenge surtout à 35 ans ! Porté par la vague du Do It Yourself ces dernières années, nous avons voulu casser la connotation ringarde du tricot dans l’esprit des gens en développant de nouvelles matières plus épaisses comme le fil néoprène ou le rafia, pour la confection de poufs, tapis ou sacs à main. Il y a ce sentiment d’accomplissement personnel propre au savoir-faire manuel que les clients veulent s’appropriermais sont parfois découragés avant même de se lancer. Nous avons donc mené une politique renforcée sur nos réseaux sociaux en créant la Phil’Académie : une communauté donnant accès à des vidéos explicatives pour apprendre à tricoter, partager et s’inspirer ! Autre objectif : renouer l’univers de la mode aux activités manuelles. Le prêt-à-porter doit être au service de la maille. Au centre commercial Promenade de Flandre de Roncq, notre nouvelle boutique surfe sur tous ces aspects. L’enseigne créée en 1903 est définitivement entrée dans l’ère du digital.”

 

CAFÉS MÉO, UN NOUVEAU RITUEL AU TEMPS DU CAFÉ À VIVRE EN ÉQUIPE, DANS L’ENTREPRISE. . .

 

Retour à l’authentique

Toucher la matière, sentir le grain, se laisser conquérir par l’arôme du café, fraichement moulu et partager ce moment unique en équipe ou avec ses clients, c’est l’expérience que Cafés Méo propose aux entreprises du Nord. Imaginez, écoutez, le grain est moulu, à la demande, conservant ainsi toutes ses qualité aromatiques jusqu’au dernier moment. Et vient le moment de déguster un café Méo, Lungo ou Espresso.

 

Simplicité

Derrière le goût, une équipe. L’équipe Méo-Fichaux RHD, disponible et à l’écoute de vos besoins.

 

Consommables livrés

Café, mais aussi les gobelets en 3 tailles, agitateurs, sucre, chocolats et le légendaire spéculoos.

 

Écologique, et à prix délicat. . .

La solution n’est pas seulement délicieuse, elle est aussi économique, et surtout écologique. Exit les capsules et autres dosettes qui font monter la facture financière et environnementale… Exit les solutions coûteuses qui rendent le café trop amer pour les budgets… 3,5 fois moins cher que son alter-égo portionné, la solution Cafés Méo permet de se faire plaisir et de faire plaisir.

 

Le saviez-vous ?

Le café en grains se conserve plus longtemps que le café moulu. En effet, la café moulu est naturellement composé d’un nombre bien plus grand de particules, il est donc beaucoup plus exposé à l’air libre. Le café doit être conservé à l’abri de la lumière et de la chaleur. C’est pourquoi il est recommendé de conserver le café dans une boîte hermétique opaque dans un endroit frais et sec une fois que le paquet est ouvert.

 

CAFÉS MÉO  

50 rue Gustave Scrive – BP 10217 59562 LA MADELEINE CEDEX

Tél : 03 20 13 33 90 – www.meo-pro.fr

 

Quelques lectures… POUR S’INSPIRER

L’éternité en héritage

Enquête sur les secrets de la résilience des organisations

(Éditions Descartes & Cie – septembre 2014), Alain Bloch et Isabelle Lamothe

 

Dans cet ouvrage destiné aux dirigeants et managers soucieux de la pérennité de leur entreprise, Alain Bloch et Isabelle Lamothe nous invitent au coeur de 19 institutions centenaires non familiales qui ont réussi à défier le temps et les crises à l’instar des entreprises familiales au destin d’exception grâce à des pratiques managériales originales et orientées vers l’innovation.

 

La pérennité des entreprises

(Éditions Maxima – 1997), Arie de Geus

Les entreprises qui résistent à l’épreuve du temps et assurent leur pérennité, sont celles qui usent de méthodes spécifiques de gestion et d’organisation. Le postulat de l’auteur, il y a vingt ans, est toujours d’actualité. L’entreprise augmente son espérance de vie en s’adaptant à son environnement sans pour autant négliger sa communauté, ses partenaires et ses clients.

 

Se transformer ou mourir.

Les grands groupes face aux start-up

(Éditions du Seuil – 2017), Jean-Louis Beffa

À l’ère du numérique, les entreprises leaders doivent se transformer et prendre un nouveau virage si elles veulent pouvoir rivaliser avec les start-up. Ce livre explique l’importance de la transformation digitale de l’entreprise.

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